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31 août 2017

Pro Ticino Paris


Conférence

Mercredi 17 mai, par une belle journée ensoleillée, des sympathisants et adhérents de la Pro Ticino de Paris, accueillis par M. l’Ambassadeur Regazzoni et son épouse, se sont retrouvés pour assister à une conférence sur l'histoire du Tessin présentée par M. Franco Celio, professeur d'histoire et député au Grand Conseil tessinois. Or, comme l’a rappelé à juste titre M. Regazzoni, depuis 1516, suite au traité de « paix perpétuelle » signé avec François Ier, l’histoire de la Suisse et du Tessin est liée à celle de la France.

Avant d’aborder l’histoire, Franco Celio replace la Suisse dans son contexte géographique : petit pays ayant des frontières communes avec 4 pays de l'Union Européenne – Autriche, Allemagne, Italie, France – et le micro état du Liechtenstein. Petit pays certes, mais complexe dans l’organisation politique d’un territoire dont le relief est très hétérogène, les Alpes couvrant environ 60% de la superficie. En outre, pas d’unité linguistique puisqu’il existe 4 langues nationales : l’allemand, le français, l’italien et le romanche. Le Tessin, minuscule partie de l’Italie rattachée à la Suisse, est par conséquent de langue italienne sauf Bosco Gurin, bien connu des amoureux de la montagne. C’est un village situé à 1500m, fondé en 1253 par des colons Walser qui a conservé sa langue d’origine et parle aujourd’hui encore un dialecte particulier.

Quant à l’histoire de la Suisse et du Tessin elle n’a rien « d’un long fleuve tranquille ». À partir du Xe siècle, après la longue occupation romaine, ce ne furent que guerres et insurrections. La vallée de Blénio et la ville de Bellinzona furent dirigées à tour de rôle par les cantons Uri, Schwyz et Unterwald (les 3 premiers confédérés), il en est de même pour les autres régions dirigées par les autres cantons.

Après la construction du « pont du Diable » vers 1220 dans le canton d’Uri, la vallée de la Leventina sera l’enjeu de guerres incessantes entre Uri et les villes italiennes Côme et Milan. Tous convoitaient le Saint Gothard pour exporter les produits sans avoir à payer le péage: Uri envoyait ses produits d’élevage et son bétail vers l’Italie et les villes italiennes de Côme et de Milan vendaient aux pays du Nord des marchandises artisanales.

Au début du XVIe siècle la Suisse est une confédération de 8 cantons (Uri, Schwyz, Unterwald, Berne, Lucerne, Zoug, Zurich) qui poursuit une politique de conquêtes territoriales et d’expansion vers le sud et l’Italie. Celle-ci est stoppée après 1515 pour 2 raisons principales selon F Celio. La première serait la défaite de Marignan infligée aux confédérés par François Ier qui se conclura par le traité de « Paix perpétuelle » en 1516 et qui donna le Tessin aux confédérés moyennant des contreparties. La deuxième serait la propagation de la Réforme protestante, adoptée par certains cantons et refusée en particulier par des cantons alpins. La conséquence fut une séparation idéologique, les cantons ne parvenant plus à se mettre d’accord pour continuer une politique d’expansion.

A cette époque le « canton du Tessin » n’existait pas encore, c’était un ensemble de régions que l’on dénommait « baillages italiens » et qui ne portait pas encore le nom de Tessin. En revanche, les frontières actuelles le séparant de l’Italie sont celles de 1516.

En 1755 la Leventina ne supportait plus les brimades, les confiscations et la privation de certains droits imposés par Uri. Ce mécontentement aboutit à une insurrection qui fut réprimée férocement par la décapitation des meneurs devant toute la population.

En 1798, suite à l’invasion du pays par les troupes françaises, la Suisse devint un protectorat français La Confédération s’effondre et la puissance occupante décide alors d’y établir une république unitaire sur le modèle français : le pouvoir est centralisé et les cantons sont réduits à de simples divisions administratives. Il s’ensuivit quelques années de guerres civiles et de chaos. En conséquence le Saint-Gothard, et donc la Leventina, devinrent le terrain de bataille des Français contre les coalisés « austro-russes » inquiets de l’expansionnisme français. Bonaparte, qui pour ses projets avait besoin d’une Suisse stable et sans révolte, décida alors de supprimer la république centralisée. Il élabora en 1803 une nouvelle constitution dite « Acte de médiation». Aux 13 cantons de l’ancienne confédération il en rajouta 6 nouveaux : des anciens alliés ou anciens baillages. C’est ainsi qu’est né le canton du Tessin qui devint un ensemble autonome et indépendant avec ses représentants auprès du pouvoir central et définitivement reconnu par le traité de Vienne en 1815. En 1830, la modification de la première constitution fut entreprise, elle demeurera en vigueur avec quelques modifications pendant de nombreuses années.

Parmi les grands hommes qui ont fait le Tessin, Franco Celio a retenu 3 hommes d’État :

• Vincenzo D’Alberti (1763 – 1849), abbé originaire de la valle Blenio, qui fut le premier président du canton après l’acte de médiation ainsi qu’un grand législateur permettant d’organiser l’autonomie.
• Le Landamman Quadri (1776 – 1859), un conservateur partisan d’un régime autoritaire. On lui doit des initiatives qui permirent le démarrage de l’économie en poursuivant et en améliorant les voies de communication (route carrossable du Saint-Gothard, du Monte Ceneri, etc.), ainsi que la navigation à vapeur sur le Verbano, etc.
• Enfin le plus important Stefano Franscini appelé « père de la patrie » à qui l’on doit en particulier l’école publique obligatoire : le Jules Ferry du Tessin. Il fut un grand intellectuel, auteur de nombreux ouvrages, et un homme politique de premier plan. Il devint conseiller fédéral c’est-à-dire membre de la « présidence collégiale » de la Confédération.

La fin du XIXe siècle n’a pas été de tout repos et, en 1844, les troupes dites du « Sonderbund » (Uranais et Valaisans) tentèrent d’envahir le Tessin et gagnèrent la bataille d’Airolo. En 1848, des Tessinois participent à la guerre d’indépendance italienne en lutte contre l’occupation de l’empire austro-hongrois et en 1849 certains d’entre eux (des étudiants) furent lourdement condamnés. En représailles à la politique d'aide aux révolutionnaires italiens pratiquée par le gouvernement tessinois, l’Autriche décréta le blocus économique qui priva le Tessin de sa source d'approvisionnement en céréales et de ses débouchés traditionnels pour ses divers produits agricoles. Le gouverneur de la Lombardie Radetzky ordonna également l’expulsion de la Lombardie de tous les Tessinois qu’ils soient migrants ou nés dans cette région. Ces mesures entraînèrent une grande pauvreté qui déboucha vers une nouvelle émigration en France, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et Amérique du sud.
Franco Celio nous parla également longuement d’une autre émigration (artistique cette fois : architectes, peintres, sculpteurs) qui porta dans le monde le savoir-faire tessinois.

Nombre d’éléments de cette conférence riche et instructive n’ont pas été rapportés ainsi que les nombreuses questions posées par les auditeurs. La discussion s’est poursuivie durant le buffet clôturant cette conférence.
Nous tenons avant de terminer à remercier chaleureusement M. Franco Celio pour nous avoir expliqué la complexité de l’histoire du Tessin ainsi que M. l’Ambassadeur Regazzoni pour son chaleureux accueil.

Pro Ticino de Paris
14ter Rue Jeanne d’Arc. 92250 La Garenne Colombes.
Tél 01 47 85 25 95 et 06 07 60 70 09.
Président : Gérard Solari





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